La représentation d’un écheveau de temporalités : l'exemple de la gentrification de l’espace parisien entre 1950 et 2000

Nous proposons ici une discussion sur le passage d’une carte statique, synthétisant une évolution, à une carte animée. Les discussions portent essentiellement sur la représentation du temps et de la dynamique. Tous les choix ne sont cependant pas illustrés, certains le sont. Nous remercions les étudiants du master Carthagéo (2009-2010) qui se sont prêtés à cet exercice, alimentant ainsi ces discussions.

La carte statique : le processus de gentrification à Paris entre 1950 et 2000.


La dynamique et le temps
Il s’agit de représenter un processus de diffusion, dont on ne connaît que des états à quatre dates. Passer d’une représentation statique à une représentation dynamique nécessite de faire des hypothèses sur la progression du phénomène. L’hypothèse la plus simple est celle d’une progression régulière.

Identification des objets spatiaux à animer, et parmi ceux là, ceux qui sont datés, qui pourront être synchronisés avec la ligne de temps :
- Objets datés ou datables :le front, les avant-postes, le noyau historique;
- Objets non datés : les bastions, la couronne de logements sociaux.

Choix pour la dynamique de diffusion de la gentrification dans le temps ; deux optiques :
- reconstituer une une progression régulière de l’avancée du front de gentrification entre 2 dates, de manière à montrer un processus continu et régulier de 1960 à 2000 (reconstitution d’un temps continu);
- souligner les 4 étapes et en marquant un temps d’arrêt pour faciliter la mémorisation de chacune (reconstitution d’un temps discontinu).

Choix pour la dynamique des « avant-poste » du front de gentrification. Dans la carte statique, ils sont associés à la même périodicité que les avancées du front principal. Dans la carte animée, l’apparition des avant-postes doit précéder et annoncer l’avancée du front principal. On peut choisir de garder la trace de ces avant-postes, ou au contraire les fusionner avec le front principal. Des hypothèses sont donc à faire sur les relations d’ordre entre les événements.

Choix des figurés cartographiques

dans la carte statique d’origine
- l’ordre des dates des différentes étapes du processus est indiqué par la valeur de la couleur (du plus foncé pour l’étape la plus ancienne, au plus clair pour l’étape la plus récente)
- les directions de progression du front de gentrification sont indiquées par des flèches.

dans la carte animée, la progression du front de gentrification peut simplement être représentée
- par une « tâche » qui, à l’image d’une « marée » s’étend à mesure que le phénomène se diffuse ;
par une ligne qui se déplace, illustrant l’idée du « front pionnier ».

Dans les deux cas, ni la montée de valeur, ni la flèche ne sont désormais indispensables pour représenter l’avancée du processus.

Toutefois, ces deux figurés peuvent être utilisés pour garder une trace des différentes étapes (montée de valeur) ou pour annoncer l’étape à venir (flèches). Au changement de géométrie (diffusion du phénomène) est associé un changement d’état (différentes étapes) tandis que des figurés apparaissent (flèches) puis disparaissent (lorsque les flèches sont recouvertes par le front). Un clignotement peut être rajouté aux flèches pour attirer l’œil.

Le fond de carte
Un certain nombre d’éléments portés sur la carte statique, posent problème sur la carte animée : il s’agit d’éléments de contextes, dont la dimension temporelle est imprécise ou différente de celle du phénomène principal : il s’agit des concentrations actuelles de populations étrangères et de la couronne de logements sociaux qui entoure Paris. Une première solution peut être de reconstituer la temporalité de ces éléments. On peut ainsi dater la couronne de logements sociaux à la première moitié du XXème siècle et intégrer cette information comme un élément fixe du fond de carte, qui préexiste au phénomène représenté et perdure au cours d la période cartographiée. En revanche la démarche pose problème concernant les concentrations actuelles de populations étrangères : rien dans le document d’origine ne nous permet de reconstituer l’évolution de cet élément au cours de la période cartographiée. Une solution serait d’intégrer cet élément à la dernière image, mais avec le risque de suggérer au lecteur une apparition brutale du phénomène, ce qui est inexact ici.

Quelques illustrations*

© Jules Grandin : Une marée et quelques ilôts
© Hugo Roussaffa : Une marée différenciée…des flèches clignotantes
© Nicolas Furno : Des avant-postes floutés
© Adrien VanHamme : Marée + front
© Aleksandra Kamieniczna : Front pionnier et légende animée
© Liliane Lizzi : Diffusion et temps discontinu.
(*) l’exercice consistait uniquement à réflechir sur la conception de l’animation. Elles ont été créées depuis Illustrator.

Source: Clerval, Anne. La gentrification à Paris intra-muros : dynamiques spatiales, rapports sociaux et politiques publiques. Thèse : Université Panthéon-Sorbonne - Paris I : 2008.
Réalisation de la carte statique : Anne Clerval et Liliane Lizzi
Réalisation de la carte animée : Liliane Lizzi
Commentaires : Hélène Mathian et Antonine Ribardière




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